Serons-nous au rendez-vous des villes durables ?

Quand la nature en colère boude, quand la rareté supplante l’abondance et que la finitude des matières premières devient évidente ; il apparaît urgent d’économiser les ressources et de tracer les chemins d’un avenir prometteur. Et si la ville durable était un chemin prometteur ?

Un regard de lucidité

Comme l’évoquait Al Gore, « l’atmosphère est une et indivisible » ; un bien commun qu’il faut protéger pour ne pas déshériter l’avenir. C’est là le principal enjeu des sociétés contemporaines. Car le monde n’a ni rapproché les hommes ni aboli les frontières en croisant les cargos. Le constat est clair, têtu et imperturbable. Les changements climatiques conditionnent que l’écologie ne soit plus optionnelle, mais impérative.

Cela nous appelle à ce que le philosophe Frédéric Worms considérait comme étant « un changement général de logique, marquant le passage d’une logique de progrès à une logique de protection ». En effet, le changement climatique relève de l’humain, à la fois par la cause et par la solution éventuelle. Un changement de paradigme s’établit dès lors et s’impose comme une nécessité, voire une urgence. L’humain doit désormais se penser dans le monde et associer à ce cheminement la notion du temps. Parce que de questionner son existence dans le monde actuel, en toute lucidité, revient à penser aux générations futures. Sinon, c’est opter pour le bégaiement de la pensée plutôt que pour la pensée elle-même. Combien nombreux sommes-nous à tomber au quotidien dans ce piège ?

Une nécessité absolue

Une certaine opinion veut que la planète soit si vaste que l’on ne puisse affecter durablement l’environnement. Cette croyance n’est plus de notre époque. Mark Twain en dirait certainement que « le danger, ce n’est pas ce que l’on ignore, mais ce que l’on tient pour certain et qui ne l’est pas ». Il nous faut ainsi réviser, voire réinventer nos certitudes et prendre garde à les soigner véritablement.

Il est si important de soigner ces certitudes, car elles conditionnent tout en matière climatique. Oui, le monde doit. Et l’Afrique doit en être. Pour cela, il lui faut booster les possibles d’une économie peu émissive et durable. Pourquoi ? Parce que les sociétés du Sud ont des capacités d’adaptation et d’atténuation non négligeables. D’où la nécessité d’allouer ce potentiel à la fabrication de la ville durable en Afrique. Il s’agit d’une promesse solide de résilience sur du long terme au profit d’un continent dont le développement durable exige une mise à niveau des infrastructures. Sinon, comment accueillir les flux massifs, soutenus et croissants qui s’y opèrent, dans une cadence non moins soutenue ?

Ville durable africaine

La ville africaine est le théâtre de mutations complexes et extrêmement dynamiques mues par l’évolution des modes de vies entre autres. Il faut savoir y vivre et il faut en contrôler les pulsations pour magnifier ce qu’elle a de plus beau à offrir : un cadre de vie. Pour cela, l’enjeu revient à translater les modèles urbains actuels vers un nouveau référentiel : celui de la ville durable.

Une ville durable est une ville alerte sur les effets combinés de la mondialisation et du réchauffement. Elle fait de l’urbanisme l’alliée du paysage, repense et réadapte quotidiennement les transports, s’équilibre avec les défis environnementaux et favorise la mixité sociale. La ville durable est fondée sur une architecture et des modes de construction et de vie écoresponsables. Elle garantit le confort et la qualité de vie de ses usagers. Voilà le pari de l’Afrique du XXIe siècle. Une seule question reste pendante : serons-nous au rendez-vous des défis qui nous attendent ?

Beaugrain Doumongue
Le socioingénieur

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